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Du vrai bio au tout conventionnel.

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10/10/2019

Du vrai bio au tout conventionnel. Vers une nouvelle classification des produits alimentaires.

Le bio alimentaire, c’est comme la lessive qui lave plus blanc que blanc : on demande d’un seul coup d’un seul que le produit se conjugue au plus que parfait. Plus neuf que neuf, plus propre que propre. Meilleur en tout. Meilleur pour la santé, meilleur au goût, meilleur pour l’environnement. Tellement meilleur que l’industrie a bien compris qu’elle avait une carte à jouer. Mieux qu’une carte, elle a sorti le grand jeu – et un marketing ultra offensif – pour s’emparer du marché du bio, quitte à le redessiner à sa guise, oubliant toute éthique tellement toc à ses yeux.

Comme le dit l’enseigne bien connu des bobos parisiens, « bio c’est bon » ; inutile de chercher la petite bête pas conventionnelle. Pourtant, il suffit de se rendre dans ces petites enseignes de quartier – qui appartiennent aux « grosses » enseignes qui enlaidissent les sorties de ville – pour comprendre qu’il y a un hic dans le bio. Un seul produit résume le malaise : la tomate. En décembre, elle est encore là, à faire la fière dans son cageot. Qu’elle vienne de France, d’Espagne ou d’ailleurs, elle est rouge comme en plein été. Et, pire, il s’en vend des kilos ! La loi de l’offre et de la demande me direz-vous. Et les beaux principes alors ? La philosophie du bio, aux orties ? Pas totalement, il y a des résistants chez les Gaulois. La Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France (FNAB) a lancé, mardi 29 mai, une pétition. Le sujet : interdire, en France, le recours aux serres chauffées pour produire des fruits et légumes bio. Du bio qui pousse à l’ombre de l’énergie fossile, ça fait désordre. Un désordre complet dans l’univers du bio et plus personne ne sait à quel saint se vouer. Avec même un sublime paradoxe : les « vrais » ne revendiquent rien ou si peu comme label « bio » en tout genre (c’est flagrant dans l’univers des vignerons) ; les « faux » s’en servent comme un argument marketing, oubliant l’approche systémique – environnement, social, pollution… – inhérente au bio originel. Le « bio » n’est plus garant de rien ou presque, certainement pas du bon goût !

Il est donc temps de penser et de hiérarchiser autrement la dichotomie bio-conventionnel et de créer un système de classification à plusieurs niveaux et selon plusieurs critères. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui se fait pour les oeufs et de graduer – de 0 à 4 ou 5 – les produits ? Avec un peu de bonne volonté, notamment politique, et en mettant les industriels à leur juste place, il ne devrait pas être si complexe de mettre sur pied une telle classification. D’une part, elle aurait l’avantage d’une lisibilité accrue et, d’autre part, elle obligerait les gros faiseurs à non pas se contenter de faire du marketing mais de faire monter réellement en gamme la « qualité » objective de leurs produits « bio ».

(Source: Atabula, Franck Pinay-Rabaroust, 06.19)

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